04/04/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

L'historique du Double-Dix

01/09/1986

Fête nationale de Taïwan

Taïwan, première république d'Asie, fut officiellement proclamée le 1er janvier 1912. Pourtant, la fête nationale de ce pays se célèbre toujours le 10 octobre, communément appelé Double-Dix, au lieu du 1er janvier, anniversaire de cette proclamation. Et beaucoup d'amis de Taïwan souhaitent en connaître la raison.

Il faut en trouver la réponse avant 1912. La dernière dynastie nationale chinoise, Ming, sombra devant l'invasion des Mandchous en 1644. La nouvelle dynastie mandchoue, Ts'ing (1644-1911), s'imprégna rapidement de culture chinoise à tel point qu'elle chercha ensuite à interdire de son territoire toute autre influence étrangère. devait se suffire culturellement et matériellement. Tant que fut assez forte pour faire face au monde extérieur, cette politique pouvait se maintenir malgré l'intérêt croissant des marchands européens du XVllle siècle qui cherchaient avec beaucoup d'espoir mais en vain à ouvrir les portes de

Malheureusement au XIXe siècle, la situation se modifia considérablement au désavantage de Europe, la révolution industrielle avait balayé la vieille société agricole, et l'entreprise commerciale européenne, aventureuse et rapace, avait décidé d'étendre son commerce jusqu'en Chine avec ou sans son consentement.

Le premier conflit ouvert, la fameuse Guerre de l'opium, survint en 1842 contre première série de revers bafoua sérieusement l'orgueil national chinois. Le traité de Nankin, qui concluait cette guerre, força le gouvernement chinois à ouvrir cinq ports au commerce étranger. De plus, devait remettre certains droits de douane comme indemnités de guerre qu'elle n'avait ni recherchée ni provoquée. La nouvelle que quelques canonnières pouvaient obliger le grand Empire du Milieu à négocier se répandit très vite. Et d'autres puissances étrangères ne tardèrent pas à suivre l'exemple

Pendant tout le XIXe siècle, a souffert d'une série de calamités. Après l'Expédition franco-britannique par laquelle le Palais d'été de Pékin fut détruit, plusieurs autres concessions furent faites au traité de Pékin de 1860.

Dans le même temps, une révolte interne contre les Mandchou, dite la révolte des Taïping, éclata et, pendant quinze ans, causa de terribles souffrances au peuple tout en affaibliant le gouvernement. tenta aussi sa chance en pénétrant en Asie centrale et en annexant d'immenses territoires autrefois sous l'autorité chinoise. Les Français s'emparèrent de l'Indochine par Je traité de Tientsin en 1885. Les Japonais, qui disputaient à , la vainquirent en 1895 et saisirent Taïwan et les Peng-hou par le traité de Shimoseki. Et les Britanniques tracèrent arbitrairement une frontière entre l'Inde et en leur faveur.

Ces pertes territoriales et les traités inégaux imposés à furent une immense humiliation pour les Chinois. Mais le plus grave fut l'impact que ces incursions étrangères causèrent à l'économie intérieure et au gouvernement de stipulations britanniques du traité de Nankin de faire payer des indemnités de guerre à , l'obligeant d'abandonner des revenus d'Etat importants, furent vite imitées par d'autres puissances. Ainsi, au début du XXe siècle, une immense partie des revenus de l'Etat chinois était aux mains des étrangers; les services publics et les organismes d'Etat était en complet dépérissement; si le commerce étranger étaient protégé, le commerce chinois, lui, était étranglé par des droits et taxes à l'infini. Le gouvernement était criblé de dettes de plus en plus lourdes envers l'étranger. était victime de l'exploitation étrangère.

La faible cour mandchoue, incapable de relever ces coups au prestige national chinois, provoqua une puissante réaction nationaliste. En Europe, le XIXe siècle fut justement la grande ère des nationalismes et des révolutions; les sociétés secrètes abondaient et la gent estudiantine se portait au front de ces mouvements. En Chine, la jeunesse commença bien vite à former à son tour des sociétés similaires tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'empire, se dévouant aux réformes et à la révolution.

Le leader le plus prééminent de ce réveil est le docteur Sun Yat-sen. Né en 1866 dans la province de Kouang-tong, en Chine du Sud, second fils d'un paysan, il fut envoyé à l'âge de 13 ans pour étudier aux Hawaï où son frère possédait une modeste affaire. Il fréquenta le Collège Saint-Louis de Honolulu, puis étudia la médecine au Queen's College de Hongkong où il devint praticien en 1892. Dans les années suivantes, il entre­ prit plusieurs voyages au Japon, en Amérique et en Europe. La libération et la démocratie qu'il y goûta l'ont assez inspiré pour qu'il se dévoua au salut de fondant sur ses connaissances du système politique traditionnel chinois et sur les idéaux politiques et sociaux de l'Occident, qu'il étudia avec diligence en Amérique et en Angleterre, le docteur Sun Yat-sen a dressé un plan de modernisation et de développement pour son pays et proclamé les Trois Principes du Peuple, ou Tridémisme : nationalisme, démocratie et bien-être social.

Après la désastreuse guerre sino­-japonaise en 1895, Sun Yat-sen créa l'Alliance pour la renaissance de (Hing Tchang Houeï) à Honolulu. Malheureusement, la première tentative, un soulèvement armé à Canton, se solda par un échec.

Le soulèvement des Boxers en 'encouragea à intensifier ses efforts, et en 1905 il parvint à regrouper plusieurs sociétés secrètes de l'intérieur et de l'extérieur du pays dans l'Alliance générale (Tong Meng Houeï) qui établissait ses quartiers généraux à Tokyo. Il visita différents pays et fonda des branches secrètes de son organisation dans les principales villes d'Asie, d'Europe et d'Amérique.

L'étape fut assez longue pour provoquer l'insurrection générale. Avant le succès final, Sun Yat-sen ne lança pas moins de dix tentatives de soulève­ ments. Ce n'est pas avant 1911 que l'étincelle jaillit enfin dans la province du Sseutchouan et allait embraser tout le pays. La cause immédiate fut le chemin de fer.

Au mépris de nombreux Chinois de toutes les couches de la société, les concessions ferroviaire de Chine avaient été vendues par la cour mandchoue à des consortiums étrangers. Dans le Sseutchouan, quelques personnes avaient réussi à constituer une société pour la construction d'un chemin de fer par des Chinois, pour de Chinois, avec des fonds chinois. Des gens de toute condition avaient contribué pendant des années à ces fonds. Mais un jour survint la nouvelle que la cour mandchoue avait en fin de compte aussi vendu cette concession aux étrangers. Des émeutes écla­tèrent, et un fort contingent militaire fut dépêché à Tchengtou, capitale provin­ ciale du Sseutchouan, pour réprimer l'in­ surrection. Le commandant de la garnison fit fermer et sceller les portes de la ville, lui interdisant tout contact avec l'extérieur. .. ou du moins le croyait-il. Mais des combattants avisés gravèrent un appel aux armes sur des tablettes de bois qu'ils jetèrent à la rivière. Ces messages purent ainsi quitter la ville et parvenir aux sociétés secrètes de tout le pays en vue d'organiser rapidement l'insur­ rection générale.

Mais avant ce faire, le 10 octobre 1911, l'explosion accidentelle d'une bombe à Outchang, dans le centre de , précipita le mouvement. Des troupes se mutinèrent, et en l'espace de quelques jours quinze provinces déclarè­ rent leur indépendance vis-à-vis des Mandchous.

Les Mandchous furent renversés, et Sun Yat-sen, qui était alors en Californie à la recherche de fonds pour ­ tion, fut rappelé en Chine pour devenir à titre provisoire le président de la nouvelle république, proclamée le 1er janvier 1912. Mais c'est le jour de l'explosion d'Outchang, le 10 octobre 1911, jour du dernier soulèvement couronné de succès, qui est honoré comme la fête nationale de de Chine. ■

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